vendredi 12 juin 2026

« Nuit d'insomnie »

 


                                              © Yannick Vigouroux, « Paris, 11 juin 2026 »

 

 

Une image à la limite du visible, au bord de l'effacement mais qui résiste, comme griffonnée à la hâte, par une longue nuit d’insomnie. Fragment nocturne sans qualité en apparence, mais qui relève en réalité d’une nécessité intérieure : faire advenir et figer un instant fugace d’incertitude, de trouble des sens, comme on cisèlerait un bijou intime et mystérieux. Forger le doute, toujours.

mardi 30 décembre 2025

Capture d’écran de « The Bron », série « VACANCE »

 


                                                                 © Yannick Vigouroux




Conclure cette fin d’année 2025 avec du bleu… Cette capture d’écran d’ordinateur montre l’actrice suédoise Sofia Helin, dans son rôle d’inspectrice de police, Saga Norén, dans la remarquable série suédo-danoise The Bron (en Français Le Pont), tournée à partir de 2012. J’ai développé ces dernières années une véritable passion pour les séries (et la littérature) scandinaves que je visionne en général sur Arte.

 

La lumière bleutée que produit l’écran me rassure car elle me renvoie, dans le confinement douillet et nocturne de mes longs visionnages, sur l’écran de mon ordinateur portable, dans mon appartement, à ma couleur préférée. Il s’en dégage une atmosphère onirique qui m’est tellement familière. Paul Claudel a écrit « Il faut descendre en soi jusque trouver le bleu profond. »

 

Cette image appartient à la série « VACANCE », évocation de cet état paradoxal de lâcher-prise quotidien et de vigilance, d’attention du regard soutenue aux moindres micro-faits qui peuvent advenir n’importe quand. Un hommage à la « sur-banalité » chère à Bernard Plossu. Xavier Martel avait évoqué il y a une dizaine d’année cette série dans un article consultable ici : https://www.lacritique.org/pour-yannick-vigouroux/ Je l'en remercie.


mercredi 17 décembre 2025

« Pour Marc Trivier »

 



 

 

 

Marc Trivier était un artiste hanté, littéralement habité par la littérature qu’il pratiqua parallèlement à la photographie. C’est ainsi que jeune homme, au début et au milieu des années 1980 il embarqua sur des cargos ou rejoignit par voie terrestre des écrivains âgés qu’il admirait (Jorge Luis Borges, Thomas Bernhard, Samuel Beckett, Jean Genet, Emil Cioran…), ainsi que des peintres, afin d’ « épingler » leur portrait en noir et blanc dans le format carré du Rolleiflex bi-objectif. Le regard est frontal. Sans apprêt. Les visages et les corps sont saisis de manière crue, en lumière naturelle, semblant obéir à une patiente entreprise entomologiste. Comme c’est le cas avec « Visages de l’ouest » de Richard Avedon, série menée pendant 5 ans dans ces mêmes années 1980, l’on avait l’impression de presque pouvoir les toucher. D’avoir ces créateurs majeurs à portée de main. De pouvoir partager un moment d’intimité, même éphémère. Tension entre le lâcher-prise et la résistance du modèle. Simplicité et efficacité du protocole formel : on est bien là en présence du théâtre primitif de la photographie de portrait. Avec des scènes d’abattoirs et des aliénés, ces photographies ont été publiées dans l’incontournable catalogue d’exposition que lui a consacré le Musée de L’Elysée à Lausanne en 1988, présentée en collaboration avec le Centre Régional de la Photographie Nord Pas-de-Calais. Beaucoup plus confidentiel, le petit livre Le Paradis Perdu : Paradise Lost (2002) regroupait textes de Marc Trivier et images prises à la box 6x9 cm chez lui, à la campagne, en Belgique. Ces dernières ont beaucoup influencé ma propre pratique photographique et je me sens infiniment redevable à Marc Trivier dont j’avais présenté l’arbre de « Folkestone » (photo prise au Rolleiflex en 1986) dans la troisième exposition de Foto Povera, au Centre Photographique d’Ile-de-France (Pontault-Combault) du 4 janvier au 26 février 2006. L’arbre de bord de mer étayé, balayé par les emprunts, semble avachi sur lui-même comme les fragments et carcasses de bœufs de l’abattoir. Sa survie ne semble tenir qu’à un fil ténu, comme celle des écrivains âgés. C’était une pièce majeure dans l’exposition, emblématique d’une figure tutélaire de la Foto Povera, avec Bernard Plossu qui était aussi exposé.

mardi 25 novembre 2025

« Camille Belledejour, novembre 2021 (Fuji Instax Square BW) »

 


                                                                © Yannick Vigouroux




Dans ce portrait de Camille bottée de ses grandes cuissardes en cuir réalisé dans mon appartement, j’aime l’expression un peu inquiète qu’elle me renvoie. La pose implique toutefois un état de lâcher-prise contrecarré par la tension liée à l’échange entre portraiturée et portraitiste. J’aime à dire que mes modèles sont un peu le co-auteur de mes portraits !

« La jetée d’Imperia, novembre 2025 »

 


                                                                   © Yannick Vigouroux




Au terme d’une longue balade de fin de journée dans le port d’Imperia, en Ligurie (la « Riviera italienne »), j’ai photographié la jetée à contre-jour avec mon Fuji Instax Wide. Sentiment étrange et curieusement rassurant d’être arrivé au bout du monde et d’être projeté hors du temps face à cette douce lumière rasante. L’apparition quasi instantanée de l’image, montant progressivement, n’a fait que renforcer la sensation d’habiter le monde, de former avec lui un tout indivisible.

mercredi 25 juin 2025

« L’Echelle de Djerba, mars 2000 »

 


                                                               © Yannick Vigouroux

 

 

Exposée actuellement dans la galerie Mancel du Musée des beaux-arts de Caen jusqu’au 5 octobre 2025 sous la forme d’un tirage réalisé par Picto et financé par l’ARDI, « L’Echelle » n’a existé pendant 25 ans que sous forme de contact 6x9 cm (et bien sûr son négatif afférent), le format de mes prises de vue à la box.

Cette échelle vide posée sur le mur blanc d’une construction à la toiture en cours de réfection m’évoque le « Peintre d’ombre » d’André Kertész – mais l’homme est absent de mon image – par sa simplicité visuelle.

Ce séjour dans un club de vacance tunisien, mon seul voyage à ce jour hors des frontières de l’Europe, fut pour moi l’occasion d’explorer l’envers du décors touristique, des noms mythologiques comme « Isis Beach » et « Penelope Beach » ornant pompeusement celui-ci de leur décorum kitsch… Je ne participais jamais aux jeux collectifs proposés par les animateurs, mon terrain de jeu était ailleurs, dans l’exploration insatiable des faux-semblants de ces paysages du littoral nord-africain.